Francis Cabrel et le nougat à 23 euros

La chronique que vous allez lire a été partagée sur Radio Campus à midi le mardi 16 septembre vers 12h30, j'étais stressée : midiexpress. La version écrite est pas exactement la même et puis la radio c’est chouette donc n’hésitez pas à varier les plaisirs.

Je vous laisse maintenant découvrir mon affection pour Francis Cabrel et les parents en tout genre.

L’autre jour on était en vacances, on attendait qu’il arrête de pleuvoir et puis plus tard on attendait que les pizzas soient prêtes et dans ces deux scénarios de cette même soirée on était dans la Peugeot Partner de ma mère sur un parking en Ardèche. 

Durant ces deux moments de grâce donc, on avait décidé de passer le temps en faisant un quizz de chanson française car il est bien peu de choses qui font passer la pluie aussi bien que la nostalgie des chansons françaises. Déjà c’est une expérience sociologique intéressante car se révèle alors, dans ce petit habitacle peuplé de sandales, de vieux biscuits et de mots croisés, la culture musicale familiale dans laquelle chacune a grandi. Par exemple, Juliette est incollable sur Joe Dassin, moi sur Brel, on a un peu de Renaud en commun, Marie a cette étrange passion Indochine, Margaux est super forte en comédies musicales (Starmania forever), personne connait Serge Lama et on a écouté pour la première fois sérieusement les paroles de la poupée qui fait non non non non non non avec horreur.

Ca faisait du bien de chanter ensemble, la nuit tombait on avait faim mais aussi la petite larme à l’oeil pour ma part en chantant du Francis Cabrel, alors que franchement je pense que je trouve pas ça dingue les paroles, enfin en tout cas c’est le summum du cucul, mais ça me rappelle une époque où je m’en foutais de la qualité des paroles, d’une époque où j’adorais le culcul. D’ailleurs je m’en fous toujours un peu, d’ailleurs j’adore toujours, d’ailleurs aux 40 ans de mon frère on a quand même fini par chanter je t’aimais je t’aime et je t’aimerai ensemble à 3h du mat’ et alors c’étaient les plus beaux mots du monde puisqu’on les connaissait tous les deux. 

D’ailleurs ce matin dans la cuisine avec ma coloc on a chanté Francis encore ensemble

(et ça continue, encore et encore
c’est que le début, d’accord, d’accord)

on s’est dit j’espère que c’est un bon gars

et l’accent quel plaisir

et l’école a raté quelque chose quelque part parce qu’on a toutes les deux oublié nos tables de multiplication mais “la corrida”, on oubliera jamais

elle m’a raconté que ses parents mettaient Francis dans la voiture quand elle était gosse

en leur disant “c’est de la musique de relaxation”

sans doute pour avoir un peu de silence

ça m’a fait rigoler un peu comme ça avec plein de tendresse en imaginant la juliette enfant avec ses frères et soeurs un peu trop bruyants et leurs parents fatigués

ça m’a donné envie d’avoir des gosses d’un coup

avec mes potes avec des gens que j’aime

des gosses pour pouvoir les aimer et trouver des techniques un peu fourbes pour qu’iels se taisent de temps en temps

je crois pas que je veux des enfants je sais pas mais j’ai souvent des moments comme ça où le truc monte en moi 

souvent ce sont des moments un peu absurde

genre devant une photo de vacances de ma soeur et ses gosses 

où juste iels plantent la tente dans le jardin et iels sont contents

ou quand Juliette a raconté qu’un jour elle était au magasin avec son papa

et qu’iels avaient commandé du fromage à la découpe

et la meuf elle leur avait dit

ça fera 50 euros

alors le père de Juliette il l’avait regardé et il lui avait dit

“on se casse”

moi ça me touche parce que déjà, le père de Ju je pense qu’il faut le faire pour qu’il fasse ça

ensuite je sais pas ça raconte

plein de trucs sur ce que c’est que d’avoir des gosses et le moment où juste tu te dis

50 balles pour du fromage

on se casse

et ce sera ça la leçon parentale du jour.

ça n’a pas bien prit, la leçon, parce que Juliette nous racontait ça au marché après s’être retrouvée à devoir payer 23 euros pour du nougat

ensuite coupé en deux pour la modique somme de 12 euros ce qui restait quand même trop cher pour son budget de saltimbanque 

même si on respecte l’artisanat et tout et tout

bref

on se casse 

la leçon du jour

c’est que c’est important de chanter fort à plusieurs et de laisser ce plaisir là envahir la pièce ou la bagnole ou tes petites paupières de personne sensible. 

Plaisir que tu transmettras à tes gosses à celleux des autres à tes potes à tes voisines à tes frères et sœurs 

plaisir qui veut dire regarde tout le temps passé en commun

ensemble ou séparé, d’un bout à l’autre du royaume de Belgique quand on se connaissait pas encore ou quand on partait ensemble en vacances déjà ou quand notre maman mettait un cd le soir ou quand on transférait les chansons d’Itunes sur notre mp3 depuis l’ordinateur familial

tout ça qu’on a en commun tout ce petit bout de quotidien qui se retrouve convoqué un matin dans la cuisine un soir dans la voiture

tout ça parce qu’on est les gosses des unes et celleux des autres et des potes et des voisines et des frères et des sœurs tout ça parce qu’on a grandit pas loin et qu’on continue de grandir pas loin

je veux pas faire l’apologie de notre super culture raciste sexiste patriarcale privilégiée tout le tralala

je veux juste dire que ça fait du bien de chanter Francis dans la cuisine avec quelqu’une qu’on aime, que ça fait du bien d’habiter ensemble.

Leçons

  1. C’est important d’hurler de temps en temps et “il est venu le temps des cathédrales” est une manière très spécifique d’hurler qui fait particulièrement du bien. En voiture c’est encore mieux. 

  2. Connaître une chanson de Francis Cabrel tandis que votre amie connaît aussi cette chanson de Francis Cabrel alors que vous ne vous connaissiez pas à l’époque où vous écoutiez cette chanson de Francis Cabrel sur votre mp3 ou sur le cd de votre maman permet une sorte de nouvelle connivence d’un ordre du souvenir qui donne un peu envie de pleurer car il est beau de s’imaginer émues enfant au même moment sans se connaître dans des régions différentes du petit royaume de Belgique.

  3. Le problème des quizz musicaux en chanson française c’est qu’après on est toute une bande à avoir en tête une chanson probablement raciste ou sexiste ou les deux et qu’il est très compliqué de s’en débarrasser. Genre si je vous dit

L’Aziza, je te veuuux si tu veux de moiiiii

C’est très compliqué après, de s’en débarrasser. 

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