L'année c'est fini, dis donc.
Mini newsletter de fin d'année pour faire coucou et partager mes derniers articles, ma grande sagesse et mes petites annonces.
Bon ben c’est l’hiver, c’est bientôt fini 2025 et j’avoue moi je trouve ça pas si mal. Pour l’occasion on a fait un évent au Crazy Circle, moi pour modesta et sensibilité chérix pour le Poetik Queer. J’y ai lu un petit texte sur ce thème si original et vous pouvez le lire ci-dessous. C’est juste, doux, pis c’est tout. Mais ça m’a fait du bien de l’écrire alors je vous le partage.
Sinon , je suis encore passée à radio campus, et ça c’est rigolo. Sur le midi express de Leslie du 18 novembre, Le thème c’était 18/11 ou 1811 ou. J’ai fait comme j’ai pu pour me l’approprier et franchement au final j’ai trouvé un bout par lequel le prendre, c’est bien tombé. Je vous recopie ça ci-dessous. Et puis écoutez l’émission si vous voulez, les gens étaient supers, il y avait de la méditation et plein de belles chroniques et tout.
À part ça, j’ai commencé à écrire pour Karoo, un magazine de critique et de création culturelle. C’est sympa, j’aime bien ! Pour le moment je parle de pièces de théâtre comme si j’y connaissais quelque chose. Plus tard on verra ?
Bisous et j’espère que la fin de l’année et les potentielles fêtes qui vont avec seront aussi sereines que possible.
Ah et je cherche du taf !! Si jamais. Et un appart. Et une chienne. Et une veste imperméable pas moche.
TEXTE 1 - LU AU CRAZY CIRCLE POUR UN OPEN MIC MIMI TOUT PLEIN
J’aime bien le froid
j’aime bien voir les toits gelés, j’aime bien quand ma peau rougit et bleuit, j’aime bien quand mes mains deviennent un peu maladroites, j’aime bien la lumière orange dans les nuages gris, j’aime bien le soleil qui se reflète dans les fenêtres du bus, j’aime bien quand je respire et que l’air est frais dans ma gorge.
L’année touche à sa fin alors il fait froid. J’aime bien aussi que l’année touche à sa fin. C’était une longue année, plus longue que d’autres. C’était une année de changement, une année qui brusque un peu, une année pour se regarder mieux.
À un moment pendant cette année j’ai dit : “tout s’effondre sous mes pieds”. J’avais l’impression de vivre sur des ruines, les ruines d’une relation, les ruines d’un taf, les ruines de certains mots de certaines croyances de certaines projections. Ce jour-là, mon grand-frère, qui parle pas très bien d’émotions, m’a fait un câlin et puis m’a offert une bière. ça m’a émue, fort.
Un autre jour je suis allée au cinéma avec un autre de mes grand-frère et ses 3 gosses. On a été voir le film Arco, je vous conseille. Gary, qui a 7 ans, a rigolé super fort à un moment parce que le pseudo-méchant s’était planté, bref. Après la séance on est ressortis dans les galeries du centre, celles du cinéma Aventure, et il y avait une chanson d’Abba qui jouait dans les baffles. Je sais plus laquelle, peut-être super trouper ? Je sais pas, c’est pas important. Ensuite on est montés au-dessus de l’administration communale de Bruxelles pour voir la ville d’en haut. Il faut prendre un ascenseur et puis la vue est très belle depuis le toit. Plus tard, mon frère, qui était là aussi le jour où j’ai fait le constat que ma vie partait en miettes, m’a écrit un message. Il m’a dit : “Anaïs dit toujours (Anaïs c’est sa femme), “Anaïs dit toujours, quand ça va pas - et tout le temps en fait - que la vie c'est plein de petit bonheur. Et lundi passé quand Gary a rigolé pour ce pseudo méchant qui n'avait pas appuyé sur REC, et qu' il y avait Abba dans cette galerie en sortant....c'était deux petits moments de bonheur”
Enfin voilà il m’a écrit pour me dire que pour lui c’était ça la vie. C’était Gary qui explosait de rire au ciné, le disco et le soleil sur les toits. Je pense que pour moi aussi, c’est un peu ça. Je me suis rendue compte, après avoir déblayé les ruines sous mes pieds, que rien ne s’était écroulé, finalement. Que j’avais rien perdu, je veux dire. Tout ou presque avait changé, oui. Changé, pas perdu.
La fin de l’année c’est propice à faire un bilan, mais je sais pas trop quoi conclure. Je sais pas si ce qui s’est passé cette année aurait dû se passer, si c’était pour le mieux, si c’était inévitable, si c’était prévisible, si c’était nécessaire. Je crois pas au destin, aux absolus ni aux fatalités. Je crois pas non plus à la perte, pas à celle-là.
Je crois que tout aurait pu se passer différemment. J’aurais pu faire ces choix ou d’autres, agir de telle ou telle manière, écouter cette personne et pas une autre, quitter celle-ci et pas l’autre, j’aurais pu faire tout ce que je voulais ; je n’aurais ni gagné ni perdu. Je ne sais pas si j’en aurais tiré les mêmes leçons, j’ai l’intuition que si.
Gary, en tout cas, aurait probablement ri pareil, le soleil pareil aurait raclé les toits de Bruxelles.
En 2025 j’ai eu le temps de marcher sur mes ruines et puis de les parcourir calmement, suffisamment calmement pour qu’elles se révèlent solides. J’en ai tiré un certain cynisme puisque quelles que soient les décisions prises, je ne suis pas sûre que l’une vaille mieux que l’autre. J’en ai aussi hérité une certaine agentivité - puisque si tout est une question de choix, constamment, il reste à les assumer. à les repérer, les comprendre, les voir pour ce qu’ils sont, éviter de les regretter, les nommer, les encourager, les pardonner.
J’en ai surtout conclu une envie de tranquillité. Une envie de s’asseoir avec soi-même, de prendre l’ascenseur jusqu’au toit de son égo et de se regarder avec tendresse et humilité. Une envie de vivre avec soi. D’arrêter de croire à une fin quand il s’agit juste de passer une journée après une autre journée. Si 2025 m’a appris un truc, c’est de ne pas en faire des caisses. Voilà, en 2026 j’aimerais bien ne pas en faire des caisses. Aller au ciné avec Gary, écouter Abba, monter au dessus de la ville. Tranquille.
TEXTE 2 - PARTAGE A LA RADIO LE 18/11
18 novembre, donc 18/11, ça fait 1 + 8 + 1 + 1, ça fait 11
je me suis dis que 11 ce serait plus facile que 18/11
11 donc.
En néerlandais ça se dit elf. Là je pourrais partir sur un truc un peu fantastique mais c’est pas mon genre, j’adore mais moi j’ai pas d’imagination tant que ça alors je parle juste de mon quotidien, du genre, que faisais-je il y a 11 ans. Alors. Il y a 11 ans j’avais 18 ans (pardon mais ça refait 18 et 11, suis-je une génie) et j’arrivais où ? Ici même à l’ULB, depuis mon petit internat de campagne qui sentait quand même parfois un peu la bouse et j’aimais bien. Je débarquais dans ce qui me semblait la grande ville, le truc où mes grands-frères et grandes-soeurs vivaient, le truc avec ce grand campus ces grands espoirs ce grand avenir et ces grandes avenues. L’ULB me semblait très impressionnante, imposante, un truc pour gens intelligents et moi j’avais peur de pas être assez intelligente parce que j’avais raté mon test de latin et que le prof m’avait dit : mademoiselle, c’est une tragédie. J’étais quand même très contente d’être là, je voulais me faire des amies et boire plein de bières pas chères et faire mon baptême et devenir accro au café juste pour dire que j’étais accro au café et avoir des pulls à capuche cool et devenir le futur de la littérature de ce pays. Je voulais être la meilleure et la plus stylée et la plus belle. Je voulais qu’on se dise waw mais c’est qui cette meuf ? Quand j’entrais dans un auditoire plein d’inconnues. Je mangeais trop de pâtes trop cuites, je rigolais trop fort et j’allais aux toilettes du rez-de-chaussée du bâtiment U qui puaient les entrailles quand j’avais besoin de m’isoler en soirée parce que je faisais de l’anxiété sociale.
C’est marrant maintenant je reviens de temps en temps sur le campus pour venir parler à la radio. Je trouve que les odeurs des couloirs ont pas changées, ça me ramène direct en arrière. Les étudiant·es me semblent jeunes mais plus stylé·es que moi. Maintenant y’a de la bouffe bio cool pas chère et ça me fait plaisir de mettre 2 euros de plus pour bien manger, c’est bien on grandit quand même. Pour le reste, j’aime me dire que j’ai changé mais je suis pas si sûre. 11 ans plus tard je suis pas beaucoup plus proche d’être le futur de la littérature de ce pays, heureusement j’ai changé d’aspirations. Maintenant j’aimerais juste qu’on me paie un peu de temps en temps pour écrire, ceci dit ça semble tout aussi irréaliste. Le campus me paraît pas énorme, mais je m’y sens plus du tout chez moi. J’ai quand même envie que les gens me trouvent cool et belle mais je sais même plus de quoi je pourrais être la meilleure. J’aimerais dire que ça ne me paraît plus être “une tragédie, mademoiselle”, de rater un truc, mais l’autre jour j’ai pleuré dans le bus parce que j’étais super nulle à mon cours du soir de photo. Je paie mes bières vachement plus chères, je me cache toujours aux toilettes à l’occasion. Il y a 11 ans je pensais que j’allais étudier pour obtenir un diplôme et puis trouver un boulot et que ça allait rouler. En fait même pas, je m’en foutais de ce qui allait se passer après. J’étudiais vaguement et je rêvais intensément en écrivant des trucs dans un carnet et en tombant amoureuse pour la première fois. Ça me paraît loin et pourtant quand je dis 11, 11 ans, ça me paraît pas si long. Juste de quoi recalibrer la grandeur des choses.
J’ai un peu hâte à dans 11 ans. J’aurai alors 40 ans. Moi je pense que je suis faite pour vieillir, franchement ça va de mieux en mieux. Peut-être que dans 11 ans j’aurai recalibré aussi la taille de mes angoisses, tu vois je me dirai tiens quelles mignonnes petites angoisses que ces problèmes de travail, que ces envies d’écrire, que cette honte d’être nulle en photo. Je serai belle et cool parce que j’en aurai plus rien à foutre d’être belle et cool et je porterai des pulls à capuche même si c’est pas à la mode. J’aurai un peu plus de rides et ça j’aime bien, j’aime bien qu’on voit sur mon visage que je paye plus cher pour manger bio de temps en temps si j’ai un salaire. J’aurai peut-être changé de nom une deuxième fois, eu mon cœur brisé 3 fois de plus, j’aurai continué l’écriture et abandonné la radio ou l’inverse ou les deux et ça sera pas grave dans tous les cas. J’aurai eu un chien qui aura eu le temps de vieillir. J’aurai toujours aucune culture musicale et je refuserai toujours de choisir la musique dans la voiture. J’aurai sûrement des varices en plus et peut-être un diplôme en plus aussi, que j’aurai obtenu en étudiant vaguement et en rêvant intensément. En fait j’en aurai sûrement pas rien à foutre de ce qu’on pense de moi en entrant dans un auditoire mais j’entrerai sûrement plus dans des auditoires donc le problème aura changé. Je serai amoureuse ou pas. L’odeur des couloirs aura pas changé et me ramènera 22 ans en arrière. J’aurai hâte d’avoir 11 ans de plus sûrement pour recalibrer la taille de toute chose.
Je sais pas si d’onze ans en onze ans les choses ont l’air de plus en plus petites, et si ça veut dire qu’on peut en mettre davantage dans sa main. Si les choses deviennent pas plus petites c’est que nous on devient plus grandes et ça j’aime bien. Un plus grand visage et un plus grand corps pour y mettre de plus grandes rides et des plus petites tragédies.
En fait simplement ce que je voulais dire c’est que le temps passe, la bonne affaire.
En ce 18 novembre j’ai besoin de me dire que le temps passe, qu’on grandit et que j’en aurai sûrement jamais rien à foutre de rien mais que heureusement on recalibre ce qu’on peut prendre en main.
Les leçons du jour
Comme d’habitude (enfin ça fait 2 fois mais on va dire que c’est comme d’habitude), je finis mes chroniques par des petites leçons de vie tirées de tout ça. Vu que cette fois-ci ma chronique est un peu plus brouillon et que je suis en crise existentielle depuis 72 heures, on va faire ça simple.
Alors, leçon 1 : si assez de bière est consommée dans un couloir pendant assez d’années, il semblerait que l’odeur n’en disparaisse jamais.
leçon 2 : c’est super chouette moi je trouve de voir des petites rides apparaître aux coins de ses yeux, c’est joli et ça rappelle que tout passe
leçon 3 : c’est pas une tragédie de rater un examen de latin mais on n’oublie quand même jamais vraiment tout à fait
leçon 4 : on ne peut mettre qu’une quantité de choses limitées dans ses mains donc c’est bien parfois de jeter par exemple ses envies de grandeur et d’adulation pour les remplacer par l’envie d’un petit goûter et d’un pull confortable.