La Barakakings à NaastMonique
Samedi, c’était la deuxième fois que je voyais la Barakakings à Naast Monique et c’était la je-ne-sais-quantième fois que j’avais la gorge toute pleine d’émotions à l’idée de partager ce genre de sentiments avec la petite centaine de personnes dans cette salle familière qui sent les paillettes. Cette joie un peu féroce qui vient quand on est spectateurice d’un show qu’on sent proche de nous, qu’on sait irrévérentieux et précieux. Cette intuition de se confondre dans le public lorsqu’on se retrouve à peu, devant un spectacle dont on partage les codes et l’impudence. Cette conscience du privilège d’en être, lorsqu’une masse de talent et de travail performe dans un lieu qui n’a rien de l’institution et tout de l’intime.
Reprenons du début. La Barakakings, c’est un collectif d’artistes drag qui souhaite visibiliser et accorder des opportunités aux drags kings et autres formes de drag : queer, queeing, truc, créature… en bref, toutes sortes de drag sauf les drag queen. Pas par désamour, mais puisque davantage d’espace et de visibilité leur sont accordées. Le drag c’est un art de la scène, dans lequel des individu·es se créent un personnage et performent les genres, traditionnellement à travers le lip sync ou la danse, mais ça peut se décliner sous de nombreuses formes.
Ça permet, par exemple, de se questionner sur les masculinités, de se marrer de celles qui dominent, et d’en inventer des nouvelles. Dans la Barakakings, on retrouve ainsi Raoul Les Mécaniques, un tombeur né, paré à la drague et au rock, qui chante avec vulnérabilité et danse avec une confiance d’un autre temps dans un slip orné de ce qui semble être une coquille de protection à paillettes noires. On admire aussi Melty’n PotHead, dragqueer à l’univers fascinant, qui chante Billie Eilish avec tout l’amour de la pop et un talent digne de ses talons, en fixant quiconque l’ose de ses pupilles blanches. Et puis Shlaggy Daddy, dandy doux et vulnérable mais précis, Dante Chaos qui vient de la lune et de ses marées et Dicklan, tout d’ego et de posture. Il est important de comprendre que le drag, ce n’est pas un cliché, ce n’est pas juste s’habiller en mec, ce n’est pas juste aller chercher les graves et montrer son cul.
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Cet article est le premier de la série “Qui est queer dans la pièce”, Une série de chroniques imaginée par Nouche Lits, pour mettre en avant ces espaces et ces moments où le public est majoritairement composé de personnes queer. Pour expliquer l’importance de ne pas être, toujours et constamment, la seule personne queer de la pièce. Pour déjouer l’épuisement de la marginalité et lui opposer la joie de la communauté. C’est une série qui se veut instructive, personnelle, un chouia intime parfois, tendrement politique si c’est possible, célébrante et rassembleuse. À destination des personnes non-queer qui sont curieuses, de celles qui doutent de la nécessité des espaces en mixité choisie, de celles qui n’ont pas la moindre idée de nos fêtes et de nos calmes. À destination des personnes queer à qui ça fait plaisir de me lire.
Cet article a été publié sur La Pointe. Pour le lire en entier, c’est ici