L’amour de l’amour

Reconnaître le minotaure

On n’oublie jamais la violence patriarcale mais certains soirs on nous la racle sous le nez avec insistance. L’Amour de l’Amour déverse une crue de mots et d’absence pour nommer la brutalité de ce système et ses perversités. Cette nouvelle création, produite par le Théâtre Comédie Odéon en collaboration avec Le 140, a pris place sur la scène de ce dernier du 2 au 7 mars.

J’étais épuisée en arrivant, j’étais épuisée en sortant. Pendant, cependant, l’admiration que je ressentais pour la performance qui se déroulait devant moi a suffit à repousser la fatigue aux portes de la salle.

Ma première impression fut un certain malaise. On découvre d’abord une comédienne seule en scène. C’est Ariane, en pleine conversation avec un type de son école de théâtre : beau et sûr de lui, charmeur qu’on devine un peu forceur. On ne le voit jamais, on n’en a pas besoin. Il apparaît dans le texte à travers les silences que son interlocutrice laisse à peine passer : elle a un débit de parole nerveux et déterminé, un truc entre la passion et le désespoir. Il n’y a qu’elle qui parle et pourtant elle est écrasée, déjà, par l’homme qu’on imagine avec elle.

Les deux sortent de la même école de théâtre, partagent leurs rêves bien sûr. Lui a la gueule pour Hollywood, elle veut raconter l’exil de sa famille grecque en comédie musicale. Il semble lui dire qu’elle a du talent, qu’elle est belle, qu’il veut un rôle dans sa création. Elle y croit, à sa manière. Rien n’est encore joué mais pourtant on sent déjà le poids du rejet. Elle a un côté naïf, presque ridicule qui peut agacer, la voix de celles qui doivent parler trop vite pour s’accrocher à quelque chose comme de l’espoir. On comprend tout de suite que ça n’ira pas pour elle, comme on comprend tout de suite que l’homme à qui elle parle avalera tout. C’est impitoyable et incommodant.

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