Orlando: ma biographie politique, et des lieux qu’on habite ensemble
Il y a de ça quelques mois, Paul B. Preciado se trouvait au cinéma Galeries, à Bruxelles, pour présenter son film à deux salles combles et puis pour rester nous parler à la fin, avec gentillesse et concentration. C’était un évènement doux, qui a eu lieu lors des Pink Screens[1] et dont le public était donc majoritairement constitué de personnes queers ou de leurs allié·es.
17h. Hall d’entrée absolument bondé, des têtes familières éparpillées dans la file, je me glisse comme je peux pour prendre un ticket. J’attends mon copain et sa collègue. Je me sens chanceuse d’être là, je me sens chanceuse d’avance d’entendre le réalisateur nous parler de son film, parce que je me sens chanceuse qu’on vienne me raconter ces histoires-là de transition.
On s’installe et la salle est quasi pleine, je me suis bien habillée, je me suis habillée comme je le voulais parce que je savais que le cinéma serait plein de gens queer et puis parce que j’avais envie de célébrer ce moment et de me sentir solide dans mes baskets. Mon copain accueille mes bas résilles et mon body bleu roi avec un peu trop d’enthousiasme pour ma pudeur mais ça fait du bien, quand même. Iel me prend la main et je me sens à ma place, là. Avec Paul et Janis Sahraoui, une actrice du film, qui viennent souriant·es introduire le film. La salle s’éteint et déjà les larmes me montent au nez. Elles s’en viennent parce que je sais que c’est un film réalisé par une personne trans et que donc, il ne s’agira pas d’apposer un discours théorique sur des vies théoriques mais qu’a priori, il s’agira de partager quelque chose de plus proche de la vie, de plus proche de la lutte, de plus proche du quotidien. J’ai envie qu’on me raconte car je ne vois pas ce qui pourrait, davantage que des histoires, me faire sentir plus proche d’autres possibles, d’autres réalités, de réalités aussi grandes que les matins, de possibles aussi grands que le torse de mon copain assis à côté de moi, quand iel caresse ses cicatrices et ses joies. La lumière s’éteint, les larmes me montent aux yeux et il ne s’est encore rien passé à l’écran.
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